L'écriture Résiliente

Écrire l’histoire de sa vie permet de la mettre au clair pour soi-même et pour ses descendants. Le parcours d’écriture, quel que soit le point de départ, permet de trouver du sens à sa vie.

La démarche d’accompagnement en écriture peut être transposée à toutes sortes de situations et s’exporter dans de multiples contextes. On peut s’attarder humblement sur les obstacles et  les drames déjà dépassés héroïquement  ou sur ceux qui bloquent encore l’élan vitalRéunir tous les événements de sa propre vie aide à prendre conscience de ce qui se présente ou se représente à soi et permet de dégager le fil rouge de sa vie en reliant des faits à leurs effets pour que la catharsis des maux mis en mots se produise. On peut parler alors de résilience.Ce terme largement médiatisé à la suite du livre de Boris Cyrulnik, « Un merveilleux malheur » se rapporte tout d’abord à l’aptitude d’un corps à résister à un choc. Appliqué aux sciences sociales, il désigne la capacité à « vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comporte normalement le risque grave d’une issue négative. »Cette ressource est intrinsèquement liée au vivant et la nature est riche d’exemples.

Arbre résilient sur un rocher

Arbre résilient sur un rocher 

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Si prendre soin de sa blessure est un préalable, selon Boris Cyrulnik, partager sa souffrance ne suffit pas à diminuer l’impact de celle-ci. Il faut aussi en devenir acteur. L’accompagnement en écriture est une démarche très différente du travail psychothérapeutique. Elle aide la personne à faire le clair en elle, jusqu’à devenir capable d’envisager la valeur et l’unicité de sa vie, de mesurer pour elle-même et pour les éventuels lecteurs, l’importance de la transmission.

«L’écriture permet d’échapper à l’horreur du réel qui fait disjoncter le cerveau, de ne pas rester prisonnier du contexte et de ne pas tomber dans la jouissance immédiate que procure, par exemple, la drogue. En sublimant la souffrance, en la transformant en œuvre d’art, l’écriture donne du sens à l’incohérence, au chaos, comble le gouffre de la perte (dans le cas de la mort d’un enfant, par exemple, comme chez Victor Hugo) et crée un sentiment d’existence. De simple témoin impuissant, l’auteur devient créateur de ce qu’il raconte. Nous, les humains, nous pouvons souffrir deux fois : une première fois lors du coup que nous recevons dans le réel, puis une seconde fois lors de la représentation du coup. Écrire nous oblige à nous décentrer pour faire du trauma une représentation remaniée.  »

« L’important est de trahir le trauma en le racontant, en le mettant en scène. Peu importe la forme, du moment que nous en faisons un objet d’observation extérieur à nous-mêmes. Crier son désespoir n’aide pas à le dépasser, à mieux vivre avec. Il faut chercher plutôt une « création » qui lui donne sens…/…[1]  »

Tout au long du processus, un tri parmi les souvenirs, les idées et les émotions s’opère. La reconnaissance manifestée par l’accueil inconditionnel du biographe et le fait de tenir le livre de sa vie entre ses mains apportent à la personne, une forme de sentiment d’accomplissement. En tant qu’acte créateur, l’écriture joue un rôle de soutien psychique et spirituel. Au travers du processus de création, par l’acte d’écriture, la douleur n’est plus subie, elle prend acte et l’auteur devient acteur. C’est une façon de reprendre les rênes de sa vie, participant d’une nécessaire et vitale reconstruction. D’emblée, avec la notion de livre (l’objet comme résultat du processus dans lequel elle s’est investie) la personne qui impliquée dans ce projet d’écriture se détourne de ses ruminations délétères et s’ancre à nouveau dans le présent et son projet la propulse dans le futur. Le biographe, ce tiers neutre accueillant la parole et artisan du processus d’écriture, facilite le mouvement vers une juste distance entre celui qui se raconte et ce qui faisait figure de souffrance : cet écart permet tout à coup une forme de détachement car elle n’est plus en soi, mais hors de soi.

 

[1] Extrait de l’interview de Boris Cyrulnik par Valérie Josselin – Version Femina – Femina.fr